On entend partout qu’il faut donner priorité à la santé sur l’économie, et soutenir celle-ci par des mesures financières. C’est mal poser le problème, estime Yves Montenay dans un article publié dans lesechos.fr .

Cela en est presque devenu un poncif. On entend partout à la télévision et à la radio qu’il faut donner priorité à la santé sur l’économie, et soutenir cette dernière par de colossales mesures financières.

À mon avis ce sont des idées justes mais technocratiques, c’est-à-dire partielles donc inappropriées. La technocratie médicale ordonne le confinement, la technocratie financière vise à faire survivre les entreprises pendant ce temps-là. Et ces décisions ne sont donc pas adaptées au monde réel, qui est complexe et résulte de décisions humaines souvent irrationnelles.

Une erreur de la technocratie médicale

Le confinement va se retourner contre la santé. Car la santé a besoin de l’économie. Et les médecins connaissent mal l’économie. D’abord, comme beaucoup de Français, ils pensent que l’économie c’est de l’argent, et qu’il y a des financiers pour régler le problème.

Mais l’économie ce n’est pas de l’argent, ce sont des Hommes qui travaillent et d’autres qui consomment. On peut soutenir la consommation en distribuant de l’argent. C’est le boulot de la technocratie financière, mais l’argent ne peut pas remplacer les hommes et les femmes qui fabriquent les biens et des services. On nous dit de sauvegarder ceux qui sont essentiels et d’abandonner ceux qui le sont moins. On décide alors de confiner les personnes qui produisent ces derniers.

Presque tout est essentiel

Or presque tout est essentiel. Pour la santé, il faut d’une part avoir ce qu’il faut pour combattre le virus, et pour cela on a besoin de métiers très variés auxquels on ne pense pas toujours : du matériel à fabriquer, des produits chimiques (notamment les réactifs de test), des médicaments à produire (donc des usines en amont), des ordinateurs pour fonctionner etc. Donc des transporteurs, des livreurs, du personnel de ménage, des fabricants de récipients, de matériel de bureau…

D’autre part, il faut se nourrir, d’où l’attention portée aux commerces de bouche et aux agriculteurs, mais il faut aussi de l’électricité pour le réfrigérateur et, encore une fois, des ordinateurs. Il faudra changer certains de ces derniers et acheter de nouveaux logiciels, notamment pour le télétravail etc. Pour l’électricité il faut des centrales qui marchent, et pour cela il faut des sous-traitants mécaniciens, électriciens … mais aussi du personnel de sécurité, de ménage.

De fil en aiguille on a besoin de toute l’économie, car l’ordinateur de l’hôpital a besoin de fils électriques, la personne qui nettoie les locaux a besoin de détergents, le distributeur de nourriture a besoin d’emballages, les emballages cartons, plastique ou papier ont besoin d’usines, tout le monde a besoin de matériel de bureau, y compris des gommes des crayons. Donc aucun fonctionnaire ne peut définir ce qui est essentiel.

L’huile du moteur économique

Comme pour les retraites, on se focalise sur les questions d’argent, alors qu’il s’agit du nombre des actifs pouvant travailler. Dans les journaux économiques on se casse la tête sur le rôle de la Banque centrale européenne, des budgets nationaux…

L’argent n’est que l’huile du moteur économique ou une courroie de transmission. Il est indispensable, mais ce n’est ni le carburant, ni le moteur. Le moteur, ce sont les infrastructures. Elles ne sont pas touchées par l’épidémie et sont prêtes à servir. Le carburant, ce sont les humains. Or on les bloque chez eux !

Que faire ?

Sur le plan psychologique, il faudrait casser la panique en insistant par exemple sur ceux qui sortent guéris de l’hôpital et sur des évaluations de la population en bonne santé. Donc pousser à retravailler. Dans l’entreprise habituelle ou éventuellement dans une autre si elle ne peut pas redémarrer Ou reste bloquée pour des raisons sanitaires (théâtres, cinémas…). C’est en train de se faire en agriculture pour la récolte de printemps.

Bien sûr, comme le montrent les exemples étrangers il faudrait multiplier les tests, et donc de produire les appareils à réponse rapide. Mais ils n’arriveront que progressivement. Il faudrait dès maintenant décentraliser la confiance au niveau de l’entreprise et de l’individu.Le contrôle ? Les employés eux-mêmes et éventuellement un protocole à mettre au point par branche professionnelle ou par ville.

Il faut y penser maintenant, si la version optimiste, la mienne, d’un prochain pic se confirme. Mais, si l’on est pessimiste, ce serait encore plus nécessaire, et il faudrait absolument trouver le moyen de marier santé et économie avant le manque de nourriture et de médicaments.

L’impact durable du virus ne doit pas être exagéré. Nous avons vu que les infrastructures restent en place. Quant à la population active, elle n’est que très peu atteinte par le virus qui cible surtout les gens affaiblis en général par d’autres maladies, qu’ils soient âgés ou non. Par ailleurs il y a moins d’accidents de la route ou du travail.

Finalement la force de travail n’est pas détruite, mais seulement bloquée, pour des raisons qui paraîtront de plus en plus discutables, comme l’évoque le PDG de Michelin : «la Corée du Sud, le Japon ou maintenant la Chine fonctionnent sans confinement même si le virus n’a pas disparu. Mais des mesures d’organisation sociale ont été mises en place.»

Par exemple, les « McDo » ont profité de la fermeture pour réorganiser leurs cuisines et redémarrent pour les ventes à emporter ou à livrer. Le BTP pourrait redémarrer, maintenant que le guide des bonnes pratiques négocié avec les syndicats vient d’être publié. Mais seule la CFDT l’a approuvé pour l’instant.

Adopter un discours positif

Emmanuel Macron en a appelé à «la responsabilité civile des entreprises de poursuivre leur activité lors ce que cela est possible». Mais c’est un discours qui contredit celui de la crainte que l’on veut inspirer pour que chacun respecte le confinement.

Cette panique nous empêche de voir que l’économie et la santé forment un tout. Un déconfinement intelligent visant de l’efficacité économique est donc urgent. L’argent, c’est bien, mais ça ne remplace pas les hommes. Donc insistons sur le fait que les guérisons sont le cas général, que les entreprises privées sont rapidement adaptables, soit pour repartir du bon pied soit pour se reconvertir. Et sortons de la technocratie médicale et de la croyance que l’argent résout tous les problèmes.